20/04/2017

Zoom sur une anecdote: 

Suisses déportés 


  « Cinq noms retinrent mon attention par le fait que ces personnes étaient nés en Suisse, une à Bâle, deux à Berne, deux à Zurich... », « Mais j'avouai mon étonnement, c'est la première fois que je découvrais que des Suisses avaient été déportés. » 


Si neutre, si indifférent 

  Des Suisses déportés ???!!! L'étonnement doit être la première réaction, et pourtant... C'est un sujet rarement abordé dont Nelson Valbo prend connaissance. La liste de noms qu'il détient a été inspiré par la lecture d'articles paru dans la presse Suisse Romande. Ils s’appelaient Borcard, Savary, Millasson, Pitteloud ou Lehmann-Bloch. Ils venaient de Vaulruz, Châtel-Saint-Denis, Moudon ou de Payerne. Ils étaient Fribourgeois, Vaudois, Genevois, Tessinois ou Zurichois. Plusieurs centaines de Suisses ont vécu l’enfer des camps de travail, de concentration et d’extermination nazis, dont celui d’Auschwitz où une dizaine de juifs helvètes ont été internés après avoir été raflés à Paris. Il y eu également des protestants déportés à cause de leurs prénoms bibliques. Beaucoup y ont laissé leur peau dans l’indifférence quasi complète à l’époque. 

Ne pas faire de vague
  Une indifférence qui perdure, constate le postier valaisan Laurent F.. 
« Le sujet n’intéresse pas dans notre pays. Je dois même être le seul à le travailler. » 
Si l’historien amateur pense publier le fruit de ses enquêtes à moyen terme, il avoue qu’il n’a pas encore terminé sa traque. 
« C’est un travail long. Il faut contacter les associations de déportés, les familles, les questionner sur le passé de leurs proches. Parfois, elles sont réticentes à dire qu’untel était communiste ou qu’il était passé par un camp. » 
Jusque dans les années 1980, les survivants craignaient de témoigner. Ils voulaient éviter des soucis avec l’armée notamment. 

Pas de privilégié

  Mais qui étaient ces déportés suisses ? En majorité des résistants qui ont participé à l’effort antinazi, essentiellement en France. 
« Fuyant la misère économique en Suisse, de nombreux Suisses avaient cherché un emploi chez nos voisins avant la Première Guerre mondiale et durant l’entre-deux-guerres », remarque Laurent F.
Et lorsque leur pays d’adoption a perdu contre l’Allemagne, ils ont voulu faire quelque chose pour l'aider, poursuit-il. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs été marqués du NN dans leur dos. Un NN qui signifiait Nacht und Nebel (nuit et brouillard) et qui ne laissait que très peu de chance de survie aux condamnés dans l’univers concentrationnaire. D’autres ont quitté la Suisse neutre et hors du conflit pour se battre dans les rangs des troupes alliées. Et aussi dans les Waffen SS. 
« J’ai l’exemple de deux Jurassiens qui voulaient se battre dans la Royal Air Force britannique et qui ont été arrêtés par les Allemands en France. » 
D’autres Helvètes ont été arrêtés pour des trafics, notamment de devises. 
Ce fut le cas d’un employé des CFF qui travaillait du côté allemand, près de Bâle. 

Les Suisses, en tant que ressortissants d’un pays neutre, étaient-ils privilégiés dans les camps ? 
« Pas vraiment, ils étaient soumis aux mêmes règles que les autres prisonniers et le - Sch - (Schweizer) sur leur triangle ne les protégeait pas. » 
répond Laurent F.
Enfin à une exception près, raconte le Valaisan. 
« Un jour, un Suisse détenu à Neuengamme s’était endormi au moment 
de l’appel. C’était considéré comme un sabotage. Les nazis voulaient donc le pendre. Mais il s’en est sorti lorsque l’un d’eux a vu le - Sch - sur sa tenue. Il a dit de le laisser partir. » 

  Notre voisin de palier, ce si « petit » pays, si calme, aux paysages de carte postales est en fait un étang aux eaux calmes où pas une ride n'en trouble la surface. Mais qui a t-il au fond de l'étang ? Lorsqu'on y plonge les mains... surprise !! 

Sur ce... à bientôt pour une prochaine autopsie. Bonne lecture !


  

Zoom sur un élément de l'enquête: 

Un pillage organisé 


   « Dans le premier chapitre, sous-titré « Le pillage des banques » j'appris que mille cinquante huit tonnes d'or confié à la Banque de France par diverses nations avaient été « gracieusement » offert aux nazis. » 
Nelson Valbo, bien qu'il sache déjà que l'Etat Français avait été une brigade de larbins pour les nazis, découvrit qu'il méritait le surnom de: La Joie de ses maîtres. Prêt à gémir lorsque ceux-ci le grondait. Mais il n'est pas le seul à avoir lu des articles sur le sujet; Max Behring et Beno Fussli aussi en ont l'occasion. Jetons y un œil. 

Colère d'un traîne savate

  En janvier 1939, Adolf Hitler prépare activement la guerre. Le peintre raté est furieux, car il vient de prendre connaissance d'une note confidentielle, datée du 7 janvier, préparée à son intention par le président du directoire de la Reichsbank, Hjalmar Schacht. Le ton du message est en effet alarmant. Le IIIe Reich, explique Schacht, est au bord de la banqueroute: 
« Il n'y a plus de réserves ni de devises à la Reichsbank. Les réserves constituées par l'annexion de l'Autriche et par l'appel aux valeurs étrangères et aux pièces d'or autochtones sont épuisées. Les finances de l'Etat sont au bord de l'effondrement », écrit-il. 
L'Allemagne qui, quelques mois plus tard, va lancer ses troupes à travers l'Europe a les caisses vides !!! Un traîne savate autrichien va obliger une armée de gonzes à se répandre par monts et par vaux sans un fifrelin dans l'morlingue !!! Un rêve de taulier, obliger des types à bosser gratos !!! 

Main basse sur la braise 

  Dès le début de la guerre, c'est donc de manière systématique que les nazis organisent le pillage. Les victoires éclairs de la Wehrmacht en juin 1940 marquent le début d'une chasse au trésor sans précédent. Dans tous les territoires occupés, les services de la Reichsbank, les SS, les Affaires étrangères et les services économiques de divers autres ministères participent au pillage des lingots, des pièces, des bijoux et des devises. Le bras opérationnel de ce gangstérisme d'Etat, ce sont les commandos mobiles, les Devisenschutzkommandos, « les commandos de protection des devises ». Bel euphémisme. Leur pouvoir est illimité: ils fouillent les caisses d'épargne, les banques privées et leurs filiales, collectent l'or des bijoutiers, des joailliers, écument le marché noir, saisissent des biens privés et forcent les coffres de certains clients des banques. Les résultats sont à la hauteur des espérances des nazis. Pour la seule Belgique, entre novembre et décembre 1940, la curée des « commandos de protection des devises » rapporte l'équivalent de 4 320 millions de francs actuels et de 250 millions de devises. Revers de cette efficacité: rapidement, le territoire belge n'est plus une source attractive. Le salut pour les nazis vient alors des Pays-Bas. Ils mettent la main sur 100 tonnes d'or de la banque nationale complétés par le butin des commandos de devises, en tout l'équivalent de 5400 millions de francs réactualisés. L'essentiel de ce magot de guerre paie les livraisons d'acier, de tungstène, de pétrole, du wolfram en provenance des pays neutres. Mais le gisement néerlandais s'épuise aussi. L'or de la Banque nationale belge (BNB), mis à l'abri en Afrique, devient alors un enjeu central pour les nazis. 

La Banque d'errance 

  Le 26 juin 1940, quatre semaines après la capitulation de l'armée belge, le roi Léopold III, prisonnier de la Wehrmacht, demande au Führer de bien vouloir rapatrier l'or belge, qui serait caché à proximité de Bordeaux. Les Allemands interrogent les autorités de Vichy. Avec diligence, la réponse française énumère les réserves d'or déposées à la Banque de France: 4 944 caisses qui contiennent effectivement 221, 730 tonnes d'or de la Banque nationale belge, 1 208 caisses, soit 57 tonnes d'or polonais, 10 tonnes d'or luxembourgeois, letton, lituanien, norvégien et tchèque.     Tout cet or avait été confié à la Banque centrale française pour le mettre en lieu sûr. Mais Vichy précise que cet or n'est plus à Bordeaux, il est sur le continent africain. En effet, le 18 juin 1940, le même jour où de Gaulle avait lancé son appel à la France libre depuis Londres, vingt-quatre heures après que le maréchal Pétain eut demandé un armistice au IIIe Reich, une escadre d'or, comme au temps des galions espagnols, avait levé l'ancre. Elle était chargée de 288,730 tonnes d'or. Les Etats-Unis étaient la destination prévue, mais les bateaux britanniques ne viendront pas au rendez-vous. Cap est donc mis sur le Sénégal, loin de Hitler et des champs de batailles européens. En France, les autorités pétainistes veulent croire qu'elles tireront profit d'une politique de sacrifice volontaire et de collaboration avec le IIIe Reich. De leur propre initiative, elles proposent à Berlin de servir d'intermédiaire pour récupérer l'or. Après tout, le Sénégal est une colonie française. La réponse allemande claque comme une gifle. Le 12 septembre 1940, Johannes Hemmen, le chef de la délégation allemande chargé de récupérer l'or belge, lance au gouverneur de la Banque de France, Bréat de Boisanger: 
« En Belgique, c'est nous qui sommes les maîtres. Nous avons donc tous les droits sur la Banque de Belgique, et c'est à titre de client que je vous demande de mettre notre or en sécurité. Je vous prie de le faire transporter en Belgique, ou tout au moins à Paris. » 
Cette exigence est contraire au droit international. Mais les nazis s'en moque comme de leur première couche culotte. Haro sur les lingots ! 

Faux et usage d'info 

  Les Allemands ont déjà fait main basse sur l'or autrichien après l'Anschluss, puis sur celui de la ville libre de Dantzig. Pour l'or belge, les nazis mettent cependant les formes: ils convoquent une conférence le 10 octobre 1940 à Wiesbaden. Le gouverneur de la Banque nationale belge, Janssen est écarté; officiellement, « il est subitement tombé malade ». C'est von Becker, un commissaire allemand, qui le remplace. Les nazis se font le porteur d'un (faux) message de Janssen, qui demande le rapatriement de l'or belge. Le droit mis au pas, reste à récupérer l'or pour Hitler. Vichy vient une seconde fois au secours des Allemands. C'est novembre 1940. Pétain décide d'accomplir « un geste symbolique de réconciliation » avec le IIIe Reich. Il envoie deux avions chercher quelques tonnes d'or au Sénégal pour les livrer aux nazis. Puis, Vichy ordonne, sans en avertir les gouverneurs des banques centrales, de livrer la totalité de l'or belge aux Allemands. 

Les voyages forment la richesse 

  L'opération est en soi risquée: seule la voie de terre qui passe par la savane sénégalaise vers le désert saharien offre une sécurité suffisante face aux sous-marins et aux avions alliés. Qu'importe ! Les caisses d'or partent pour une invraisemblable odyssée. C'est d'abord Thiès, puis la ville de Kayès à l'intérieur des terres, Bamako sur la rive gauche du Niger, Kukikuru, tête de ligne du chemin de fer et ancienne capitale du Soudan français. Là, les caisses sont transbordées dans des camions légers ou sur des bateaux sur le Niger, mais les inondations bloquent le convoi. Après des mois d'attente, les caisses parviennent à l'oasis de Tombouctou, puis atteignent Gao, la ville sainte des musulmans d'Afrique occidentale. Nouveau transbordement et cette fois, c'est à dos de chameaux ou sur des camions, que les caisses chargées d'or parcourent les 1 700 km de piste jusqu'à Colomb-Béchar, dans le sud algérien, puis par train (1 600 km) parviennent jusqu'à Alger. Là, des avions-cargo français, puis des appareils allemands les conduisent à Berlin. En tout, un voyage de dix-huit mois. Le dernier transport atteint la capitale allemande le 26 mai 1942. Impuissants, les Belges protestent. Falsifiés, les lingots sont acheminés en Suisse afin de servir l'effort de guerre nazi. 

Si Hergé en avait eu connaissance nul doute que Tintin, le reporter du vingtième siècle, aurait mené l'enquête et pourquoi pas Indiana Jones. Cette péripétie quoique étonnante lève le voile sur un pan (méconnu par bon nombre d'individus) de la Seconde Guerre Mondiale. 
Sur ce... à bientôt pour une prochaine autopsie. Bonne lecture !


Zoom sur un élément de l'enquête: 

Aphasie


« Sous ses sourcils broussailleux, le vieillard la fixait, ses lèvres sèches s'animèrent. 
  - Drieten zur mai hasen, drieten zur mai hasen, yast ! 
Il répéta son sabir plusieurs fois, les mains crispées sur les draps... » 
Si l'agent hospitalier comprend que dalle au sabir de l'occupant de la chambre 37, c'est que celui ci est atteint d'aphasie.  

Qu'est-ce qui a provoqué cette lésion ? 

  Heinz Poll a été percuté par un véhicule, ce qui a endommagé ses capacités cérébrales, tout comme le furent celles de Maurice Ravel qui fut, le 9 octobre 1932, victime d'un accident de voiture qui parut assez banal sur le coup. L'année suivante des symptômes apparurent: agraphie, alexie, apraxie puis une aphasie « complexe et progressive » de type aphasie de Wernicke. Il perdit rapidement la capacité de lire et de signer de son nom. Cependant, certaines compétences musicales furent préservées. 

Aphasie de Wernike 

  Un ensemble de lésions simultanées de plusieurs aires (comme l'aire 39 ou 402) conduit à une aphasie de Wernicke, dont obligatoirement l'aire 22. Une personne ayant une aphasie réceptive pourra parler avec une grammaire, une syntaxe, un débit et une intonation normaux, mais elle aura un trouble autant de l'interprétation que de la symbolique du langage, qu'il soit écrit ou verbal. Tout comme l'aire de Broca, les limites de l'aire de Wernicke peuvent différer d'un individu à un autre. De plus, il ne faut tout de même pas confondre l'aphasie de Wernicke avec le syndrome de Wernicke-Korsakoff qui est l'addition de l'encéphalopathie de Wernicke avec le syndrome amnésique de Korsakoff.
L'aphasie réceptive (aphasie fluente ou sensorielle), également appelée aphasie de Wernicke en neuropsychologie clinique est due à une lésion ou une perturbation du développement d'une région postérieure du cerveau, plus précisément le gyrus temporal supérieur postérieur dans l'hémisphère dominant connu sous le nom de l'aire de Wernicke (correspondant à l'aire de Brodmann). 

Historique

  Carl Wernicke (1848-1905) s'inscrit dans le dogme associationniste. Ses recherches portaient sur les relations d'aires impliquées dans le langage. Pour lui, une aphasie n'est pas due à une lésion d'une seule zone du cerveau. Ces recherches confortaient d'autres études telles que celles de Pierre Marie (1853-1940). C'est en 1874 à la suite d'une rencontre avec un patient que Wernicke proposa la distinction entre deux types d'aphasies: aphasie sensorielle (ou aphasie de Wernicke) et aphasie motrice (ou aphasie de Broca). Wernicke expose sa conception nouvelle de l'aphasie dans un ouvrage « Der aphasiche symptom-complex » publié la même année. Il débutera des recherches sur une troisième aphasie en lien avec ces deux dernières: l'aphasie de conduction, résultant d'une destruction des fibres qui relient les deux zones. Elles seront reprises par Kurt Goldstein (1878-1965).
  Une aphasie de Wernicke survient après une lésion organique cérébrale. Tout comme l'aphasie de Broca, un accident vasculaire cérébral peut entraîner une destruction neuronale, partielle ou totale, pouvant mener à une aphasie réceptive. L'étiologie est diverse. Elle se rapproche de celle de l'aphasie expressive, c'est-à-dire un accident vasculaire cérébral (répété), maladie neurodégénérative, processus focaux dégénératifs (atrophies lobaires) ou une encéphalite herpétique. L'aphasie est un des critères diagnostiques pour la maladie d'Alzheimer, dans laquelle la composante réceptive est davantage atteinte.
D'autres causes sont une tumeur, un hématome lobaire. La lésion de l'aire de Wernicke chez certains droitiers ne provoque pas d'aphasie réceptive. 

Quelles sont les symptômes ?

Expression orale
 Dans l'aphasie réceptive, les patients parlent avec abondance mais ne comprennent pas les autres ni non plus leur propres paroles, de sorte que le langage parlé se détériore au fur et à mesure que le discours s'allonge. Contrairement à l'aphasie de Broca, la parole est fluide et compréhensible au début du discours, mais les sujets perdent le fil de ce qu'ils racontent. Les troubles peuvent aller d'une anomalie dans l'analyse de sa propre prosodie (et celle des autres) jusqu'à un trouble dans la différenciation de phonèmes (ex: « ba » et « pa »). Généralement, ils adoptent un discours riche mais il y a un néologisme apparent. Pour eux, ces nouveaux mots n'en sont pas et sont sensés. De plus, ces personnes utilisent aussi des mots pour d'autres, voire des mots sensés dans le contexte, mais dans des phrases non-adaptées. Voici un exemple de discours d'un patient victime d'un AVC au niveau du lobe temporal postérieur gauche, atteint donc d'une aphasie réceptive: 
« Ça alors, je suis en sueur, je suis terriblement nerveux, vous savez, de temps en temps, je me laisse rattraper, je ne peux pas être rattrapé, je ne dirai rien du gourcias, voilà un mois il faut que je courre à droite à gauche, que je surveille, le narbot et tous ces trucs. » 

Expression écrite 
 En plus d'une difficulté à comprendre le langage parlé, ils ont des difficultés à comprendre le langage écrit, qu'on appelle alexie. On retrouve la logorrhée et le néologisme. Une personne atteinte de cette aphasie peut très bien lire correctement un énoncé sans pour autant le comprendre, sauf pour les consignes à références corporelles. L'écriture dictée ou spontanée sont moins bien réussies que la copie. L'un des deux types d'expression (orale ou écrite) peut primer sur l'autre ou être de même intensité. 

Y a t-il d'autres troubles ? 

  En général, peu de déficits neurologiques sont présents ou faiblement marqués, comme des troubles de la sensibilité ou l'hémiparésie. Le trouble le plus fréquemment rencontré est l'hémianopsie latérale droite. Les personnes étant sujets à ce type d'aphasie n'ont pas conscience de leur trouble: on parle alors d'anosognosie. 

Comment évalue t-on cette maladie et quelle est la prise en charge ?  

  Un examen neurologique préalable consiste à détecter tout déficit moteur ou sensoriel. Ensuite, un examen neuropsychologique approfondi oriente le diagnostic. Dès le premier contact avec le patient, il est possible de repérer les principaux troubles. Des épreuves d'exécution d'ordre, de complexité croissante sont utilisées. Un test régulièrement employé est celui des trois papiers de Pierre Marie: cette épreuve comporte trois papiers de taille différente, il est demandé au patient de jeter le petit papier par terre, de garder le papier moyen et de donner le grand papier à l'examinateur. Il existe de nombreux tests en cas de suspicion d'aphasie, comme celui de désignation de figures géométriques (Token Test). Un autre test fréquemment utilisé en pratique courante est la fluence verbale: le sujet doit énoncer un maximum de mots commençant par telle lettre, ou bien appartenant à une certaine catégorie (fruits, animaux...). La fluence verbale, qui est chutée dans le cas d'une aphasie de Broca, augmente jusqu'à devenir loghorréique en cas d'aphasie de Wernicke. Le test le plus utilisé pour le dépistage précis d'une aphasie reste l'Examen Diagnostique d’Aphasie de Boston.
  Lors des dernières recherches des auteurs ont repris récemment des centaines d'études d'imagerie cérébrale fonctionnelle traitant de la perception et la compréhension du langage. Leur conclusion est que la zone du lobe temporal gauche servant à comprendre les mots ne se trouve pas dans la région de Wernicke, mais cinq centimètres en avant. 

  Votre curiosité a t-elle été satisfaite ? Tachez quand même de maintenir votre caboche et ce qu'il y a dedans en bonne état de marche. Ne yoyottez pas d'la touffe, la vie est plus agréable quand il n'y a pas de trou d'air dans la calbombe. 
Sur ce... à bientôt pour une prochaine autopsie. Bonne lecture !





10/04/2017

Zoom sur une anecdote: 

Guy le sournois, délation 11/11 

« ... Allô ! Guy le sournois, délation 11/11, je vous écoute, raillais-je ». 
  Cette pointe ironique de Nelson Valbo n'est pas une élucubration de plus mais à pour origine une émission culte de l'ORTF, les Dossiers de l'écran qui traitait d'un sujet historique ou sociétal une fois par semaine. Elle fut diffusée sur la deuxième chaîne et ensuite sur Antenne 2 et ce de 1960 à 1981. C'était le fameux Guy Darbois qui choisissait le film précédent le débat. 
    « Allô, SVP ! Guy Darbois, vous m’entendez ? » Cette question, combien de milliers de téléspectateurs l’ont posée ? Chaque fois, ils ont entendu une voix, celle de Guy Darbois (Guy le sournois c'est lui. Hola ! Ne montez pas sur vos grands canassons, c'est d'l'humour, tiré par les crins mais de l'humour quand même) qui, dans les coulisses de l'émission des Dossiers de l’écran, faisait patienter les correspondants. Une sorte d’éminence grise qui, de 1967 à 1980, classait les questions pour qu’elles correspondent au mieux aux courants des opinions exprimées. Mille appels par émission.  
  C'était en quelque sorte l'ancêtre de Tout sur tout ? Le béotien pourrait penser à un top pour je ne sais quelle opération plus ou moins clandestine ou secrète, un truc du genre « Tora Tora Tora » ou « Les sanglots longs des violons de l’automne, blessent mon cœur d’une langueur monotone » (accompagné du célèbre Pom-pom-pom-Pom !, Ici Londres, ça vous parle), mais en fait que dalle, peau d'balle, rien de tout ça. SVP 11 11 était un numéro de téléphone qui permettait au téléspectateur de donner son avis ! L’ancêtre du 2.0 en quelque sorte. C'était aux temps de l'ORTF et des Dossiers de l'écran. Pour en savoir plus, facile: il suffisait d'appeler. Résultat, dans l'émission d'Armand Jammot, le téléspectateur donnait son avis auprès de Guy Darbois, grand maître du standard. Outre cette présence télévisée, SVP était un service de renseignements téléphoniques pour le grand public, créé dès 1935 par Maurice de Turckheim. 

Guy et ses standardistes

   SVP 11 11 nous faisait savoir ce que pensaient les gens. Et ils ne faisaient pas toujours dans la dentelle. Ça en balançait des vertes et des pas murs, ça se fâchait et parfois ça dénonçait à qui mieux mieux ! Chez certains c'est une manie (habitude contracté en temps de guerre, peut être), un TOC. Elles devaient en entendre des vertes et des pas mûres les standardistes que l’on apercevait s’agiter derrière l'inamovible Guy (c’était un peu Guy et ses Standardistes, une sorte de combo téléphonique, un peu sexiste mais on est était à une époque surannée ou les femmes votaient depuis peu) en charge de nous donner la substantifique moelle de la pensée populaire. Les standardistes devaient avoir les cages à miel bien embourbées en fin de journée !  

SVP 11 11 kesako ?

   Qu'est-ce que c'était que ça que c'était ? Vous ouvrez grand vos quinquets, vous faîtes des yeux de lémuriens. Vous bilez pas c'est très simple, S c’était 7, V c’était 8 et P c’était 7; et oui jeunes boutonneuses zé boutonneux Smartphonisé, les bigophones à l'époque avaient des cadrans à chiffres et à lettres, trois par unité exactement sauf le 1 qui n’en avait aucun et le 0 qui indiquait O et Q. SVP 11 11 était donc le 787 11 11. Depuis les trois lettres mythiques ont disparu, le numéro d'appel devenant: 01 47 87 11 11, réservé aux abonnés. Pigé ? Aujourd'hui, le groupe SVP s'est spécialisé dans l'information professionnelle (fiscalité, droit des sociétés, ressources humaines, etc.) à destination des entreprises et collectivités. Aux antipodes des questions existentielles du pékin de base. Et les standardistes se nomment téléopératrices, cela ferait plus classe, parait-il. 
Sur ce, à bientôt... pour une prochaine autopsie. Bonne lecture ! 

04/04/2017

Zoom sur un élément de l'enquête: 

Kokoï. 

  - Ko koi ? 
  - Kokoï 
  - Qu'est-ce que ci que ça que c'est ce truc ? 
C'est la championne toutes catégories des toxiques: son venin est le plus violent au monde, pire qu'un cobra ou qu'un fugu. Ce record est détenu par un amphibien, une grenouille: le kokoï de Colombie (Phyllobates terribilis) également appelé phyllobate terrible. Une grenouille ! Y'a de quoi se taper sur les cuisses. Kermit la venimeuse ! Rigolez si vous voulez, lisez la suite; après on verra si la bestiole est... marrante. 

Portrait de la bestiole

  Le phyllobates terribilis vit dans la forêt amazonienne le long de la côte Pacifique de la Colombie. Cet amphibien terrestre évolue donc dans un habitat très humide.
La couleur du kokoï est variable: vert, orange et parfois blanc; cependant, la couleur la plus commune est le jaune. La couleur de sa robe est unie contrairement à la plupart des autres dendrobates. Elle ressemble à une figurine en matière plastique, n'est-ce pas ? Pourtant... 

La femelle est généralement plus grande que le mâle. La longueur moyenne du corps varie de 41 mm à 47 mm, mais certaines femelles peuvent mesurer 50 à 55 mm. 41 mm à 47 mm, mais certaines femelles peuvent mesurer 50 à 55 mm. La plupart des dendrobates se camouflent dans la végétation et se dissimulent rapidement au moindre danger. Ce n'est pas le cas de Phyllobates terribilis qui semble ne pas craindre les prédateurs. Sa toxicité le protège des attaques. 

Régime alimentaire

  Le Kokoï est principalement insectivore. Son menu se compose de fourmis, de termites et de coléoptères. Comme toutes les grenouilles il utilise sa longue langue collante pour capturer ses proies, façon langue de belle mère. Mais celle ci ne fait pas pouet ! Il peut également s'attaquer à des arthropodes ou des vers. Plutôt sociable, il vit en petit groupe. En captivité, il fait preuve de grandes capacités d'apprentissage et ne montre aucune agressivité envers ses congénères. Contrairement à certains bipèdes communs et poilus. 

Reproduction

  Mâles et femelles ont de multiples partenaires. Le mâle attire une partenaire en émettant des appels aigus. Il couine, en somme. On suppose que la reproduction a lieu tout au long de l'année. Dans un terrarium, le kokoï peut vivre jusqu'à 5 ans. 

Toxicité 

  Son corps est enduit d’une substance appelée batrachotoxine qui ne lui sert strictement à rien, ni à attaquer, ni à se défendre. Ça sert à quoi alors ? Et bien, il faut savoir qu'une injection de 0,2 mg de batrachotoxine suffise pour envoyer un homme dans un monde dit meilleur.
Si vous êtes stupide (je reste poli) au point de toucher un kokoi, vous ressentirez une brûlure qui durera plusieurs heures. D'après des recherches, ce dendrobate stockerait une partie de son poison en se nourissant d'un coléoptère de la famille des Melyridae.
Certaines tribus colombiennes et notamment les Indiens Choco utilisent son venin pour enduire leurs fléchettes. Ces dernières peuvent rester mortellement toxiques pendant 2 ans. Ils chassent ainsi de petits animaux avec des sarbacanes.
Le kokoï est chassé, capturé et vendu comme animal de compagnie (NAC). Leur toxicité diminue (heureusement) en captivité au bout d'un certain laps de temps. Cette grenouille fait également l'objet d'études par les laboratoires pharmaceutiques. Son venin pourrait devenir un meilleur anesthésique que la morphine. Avez-vous toujours envie de cuisses de grenouille ?  

Sur ce, à bientôt... pour une prochaine autopsie. Bonne lecture !   

03/04/2017

Tranche de vie au hasard des pages. 

Fredo 

  On le rencontre au fil des pages, se protégeant sous des couches de vêtements usagés comme une sorte d'oignon ambulant et odorant. Fredo pousse un chariot déglingué contenant ses seules richesses glanées ça et là, au hasard de son errance. Il ne vous parlera jamais, non pas qu'il soit taciturne ou muet mais il ne peut plus; alors peut être acceptera t-il de s'adresser à ces semblables grâce à une ardoise magique. Il ne rechigne pas à avoir de la compagnie à condition que l'on ne s'apitoie pas sur lui. Sa fierté est son unique rempart contre la stupidité humaine. Mais qui est-il en fait ? Nelson Valbo sera le seul à vraiment s'intéresser à lui sans arrière pensée. Mais, remontons l'échelle du temps et changeons de région. En réalité, Fredo ne s'appelle pas Fredo et il n'est pas une « figure » des Pentes, à la Croix-Rousse. Non, cet homme a eu une autre vie et hélas, une autre destinée. 

« Aller casser du boucaque » 

  La mort de James D., un soir de beuverie au Havre, est une « correction » infligée à un « boucaque », mélange de bougnoule et de macaque, qui n'avait pas à passer par là. La triste fin de cet homme originaire de l'île Maurice de 23 ans sur la plage « du bout du monde » à Sainte-Adresse, a été élucidée huit années plus tard, après les révélations à la police de Michel H., un « jeune » de la bande à l'époque.
Ce 18 juin 1990, des skinheads du Havre et de Paris se retrouvent à trente devant l'église du quartier de Sanvic, achètent des packs de bière et des bouteilles de rhum dans un supermarché, puis filent au bunker sur la falaise en face du fort de Sainte-Adresse. Circuit habituel pour une bande de traîne lattes désœuvrés. Le soir, les voilà bien imbibés, qui descendent sur la plage dans un bar s'envoyer encore des bières. Selon Michel, le chef du groupe, Joël G., donne le signal du départ: 
« On bouge, pour aller casser du boucaque. » 
Il interdit aux deux mineurs, âgés de 15 ans, de sortir. Michel et le nommé « Cafard » restent. Les autres, K., C., Poisson, Mammouth et trois filles suivent G. .

« Faire trempette ». 

  Du bar, Michel observe le manège des dix qui se dirigent vers la digue. « Trois garçons reviennent sur le parking pour prendre un sac dans le coffre de la voiture de G. », puis rejoignent le groupe. Au bout d'une demi-heure, tout le monde réintègre la Bodega, hilare. G. lance: 
« On s'est bien marrés, il a bien picolé, celui-là, avant de faire trempette. » 
L'agression taraude l'esprit du plus jeune jusqu'au 10 avril 1997. Ce jour-là, Michel, qui a témoigné dans une autre affaire de crime raciste, dépose plainte au commissariat pour menaces de mort à cause de coups de fil. En gage de sa bonne foi, le « repenti » oriente les policiers sur « l'histoire d'un Pakistanais ». Dans les archives, les enquêteurs trouvent trace de la mort classée sans suite d'un étranger, un certain James D., né le 11 juillet 1966 à l'île Maurice, décédé le 3 juillet 1990 au Havre, de façon atroce. Un médecin de Sainte-Adresse avait trouvé devant sa porte un jeune homme qui « se tordait de douleur, de la bave sanguinolente aux lèvres ». À l'hôpital Monod, James D. avait parlé d'une agression violente, d'une boisson bizarre avalée de force. Avant de plonger dans le coma. Et de succomber, seize jours plus tard, de ses brûlures à l'estomac. Selon l'autopsie, la mort fut causée par l'ingestion d'un produit caustique indéterminé.
Aiguillés par Michel sur la piste des skinheads, souvent désignés par des noms de guerre et éparpillés aux quatre coins de France, ­ Paris, Bordeaux, Perpignan, Le Havre ­, les policiers ont mis une année à démasquer les meurtriers. Le 12 juin 1998, six suspects ont été mis en examen par le juge Christian B., du Havre, pour l'homicide de James D. .

Empoisonnement. 

Régis K., 33 ans, maître-chien, et Joël G., 30 ans, crient à la « dénonciation calomnieuse », sont accusés d'empoisonnement. Pascal L., 31 ans, qui nia et déclara être « absent ce soir-là », Cédric H., 29 ans, Carmen V., 31 ans, qui « n'a rien à voir avec ça », et Elodie L., 24 ans, sont soupçonnés de complicité. Les quatre garçons ont été écroués, les deux filles placées sous contrôle judiciaire. Me Dominique T. se constitua partie civile pour la famille de James D., ainsi qu'une association antiraciste.
Régis K. et Joël G. sont des lieutenants d'un inconditionnel de la batte de base-ball qui a monté un groupe nationaliste à Paris en 1987 et a soutenu le Paris-Saint-Germain. Carmen V. fabrique alors un fanzine avec Elodie et Greg, le chanteur d'un groupe de heavy métal. Son compagnon G. et K., « partisans du pouvoir blanc », traversent Le Havre « déguisés en grands chefs du Ku Klux Klan », se réunissent pour monter un groupe KKK, « organisent les trajets sur Paris pour aller à des manifs nationalistes, contre rémunération.

Une bière au drôle de goût. 

  Embrigadé par K. dans Blood and Honour, C. a rapporté aux enquêteurs la scène du crime. « Assis sur la digue, on a vu passer un bien bronzé qui se promenait vers la mer, pas noir ni maghrébin, mais comme un Pakistanais. On l'a insulté, traité de sale boucaque: 
« Retourne dans ton pays. » 
« Il n'a rien dit. On lui a barré la route, on l'a entouré et bousculé. On le provoquait pour obtenir une réaction de sa part. Il voulait partir mais ne se défendait pas. On attendait qu'il se rebiffe pour le frapper. Les chefs ont décidé qu'on allait le forcer à boire. Il a vidé une bière sans rien dire. C'est la première fois qu'on faisait ça. On n'avait pas pour habitude d'user de la bière pour un boucaque. Comme il avait accepté une bière normale, G. et K. ont eu l'idée de lui en préparer une autre, ils se sont absentés quelques instants. Mort de trouille, le gars avait du mal à boire la deuxième bière, il faisait la grimace, il se plaignait qu'elle avait un drôle de goût. » 
G. et K. répondaient: 
« Mais non, c'est rien, elle doit être éventée. Soit tu la bois, soit on te tabasse. Finis ta bière, et on te laissera partir. Le mec l'a toute bue et a cherché à s'en aller. Le ton est monté, et on l'a balancé à l'eau par-dessus la rambarde. Il est remonté sur ses jambes vers la plage, trempé. » 

Pas de personnes étrangères. 

  Aujourd'hui, C. refuse de confirmer au juge ce long récit qu'il aurait livré « sous la pression de la police ». Elodie L., elle, maintient ses aveux. Cheveux rasés sur le côté, petite queue-de-cheval, tatouée, elle est restée en retrait avec C. et C.: 
« Notre rôle à tous les trois a été d'empêcher le gars de se barrer. » 
Pascal L. fut « l'un des gros bras qui maintenaient le gars », et Joël G., « l'un des instigateurs de la correction » avec Régis K., qui « a tendu la nouvelle canette de bière décapsulée au black »: 
« Ils n'admettaient pas de personnes étrangères au groupe sur leur territoire, même simplement de passage. L'intrus était prié de s'en aller. Si, en plus, il était bronzé, il avait droit à une correction. » 
  Sa copine Carmen V. prétend qu'elle est hors du coup. Mais, ex-femme de Joël G., chef de la bande du Havre avec Régis K., elle a raconté toutes leurs sales histoires. 

Chat égorgé. 

K. et G. raffolent d'un « petit cocktail à base d'eau chaude, d'absinthe et d'alcool à 90° ». Carmen, qui aime le whisky, a goûté leur mixture et a souffert de brûlures d'estomac. Elle dépeint les autres en tortionnaires. G. l'a frappera souvent les soirs de beuverie, « cocards, bleus et autres », et lui cassera la jambe, d'un coup de pied au tibia. K., lui, « aimait faire souffrir les animaux ». Un jour, il a mis « son rat dans une bouteille d'eau-de-vie pour le tuer ». Une autre fois, il a égorgé un chat en forêt de Montgeon pour manger son cœur, une sorte de messe noire. James D., le pauvre « boucaque » échoué sur la plage « du bout du monde », a avalé leur breuvage mortel, un mélange de bière et de soude, ou d'acide, ou peut-être d'eau de Javel.
Il est à signaler que S., Régis K. et Joël G. ont été condamnés ensemble pour l'agression de Karim D. à Paris en 1990 sous l’œil des caméras de la 5. 
Seul les noms des protagonistes ont été supprimés. Le personnage de Fredo est largement inspiré de celle de la victime ainsi que de son agression. 

Sur ce... à bientôt, pour une prochaine autopsie ! Bonne lecture. 

Zoom sur une anecdote: 

Le dépeceur de Mons. 

  « Elle noya sa déception dans le liquide mordoré. Je claquais des doigts. 
          - Et si c'était le dépeceur de Mons qui ce soit déplacé ou un émule ? 
          - Je ne crois pas à la thèse du tueur belge, ton imagination est trop grande. » 

À qui fait allusion Nelson Valbo ? Quel est ce tueur belge ? 

  L'Affaire du Dépeceur de Mons fut le surnom utilisé par la presse belge pour désigner un dossier judiciaire concernant l’assassinat de plusieurs femmes dans la région de Mons en Belgique, entre 1993 et 2001. Il y aura une vingtaine d'années qu'un policier découvrait les premiers sacs poubelles contenant des restes humains à Cuesmes, dans la banlieue de Mons. C'était le 22 mars 1997. Un policier à cheval observait un chat qui jouait avec quelque chose. Il remarqua que l'animal tenait quelque chose dans sa gueule. En s'approchant, le policier constata que c'était une main. Une main humaine ! La main provenait d'un sac poubelle. On dénombra huit sacs, le premier jour puis un neuvième le lendemain. Un dixième le jour suivant. 
D'autres restes humains furent découverts aux environs de Mons, ainsi que dans le nord de la France, entre mars 1997 et avril 1998, souvent dans des sacs poubelles. La mutilation systématique des corps a rendu difficile leur identification. Les sacs étaient localisés dans des lieux aux noms évocateurs: « avenue des Bassins », dans la rivière « Haine », « chemin de l'Inquiétude », « rue du Dépôt », « chemin de Bethléem » à proximité de la rivière « Trouille », etc. Ces noms pourraient faire sourire mais hélas cela n'arrache même pas un rictus. L'affaire du dépeceur, c'est un dossier glauque, macabre. Des corps de femmes découpés avec une précision chirurgicale et que l'on retrouvera, morceau après morceau dans les environs de Mons à Cuesmes, Havré et Hyon.
Cinq victimes
  On attribua cinq victimes au meurtrier. Toutes des femmes, âgées de 21 à 43 ans, seules, habituées du quartier de la gare de Mons, un quartier qui n'avait pas très bonne réputation. Ces femmes étaient: Carmelina R. (quadragénaire disparue depuis le 4 janvier 1996), Martine B. (43 ans disparue le 22 juillet 1996), Jacqueline L. (33 ans, n'a plus donné signe de vie depuis le 22 décembre 1996), la plus jeune: Nathalie G. (21 ans disparue le 16 mars 1997) et Begonia V. (37 ans disparue depuis juillet 1997).
Pas vu, pas pris 
  En 20 ans, les enquêteurs ont exploré 1700 pistes. Il y a eu plusieurs suspects aussi: Léopold B., dit « Le Gitan », un Monténégrin qui a séjourné en Belgique, ou encore un médecin ORL de Mons. Aucune piste n'a jamais abouti. Il n'y a jamais eu aucune preuve. En réalité, cette enquête a été rendue particulièrement difficile par le fait qu'il n'y avait pas de scène de crime, pas d'arme du crime (on ne sait même pas où ni comment sont mortes les victimes). Il n'y a quasi pas de traces ADN, d'empreintes. Sans compter qu'il y a 20 ans, les GSM étaient bien moins utilisés. Les enquêteurs ne purent se baser sur l'analyse de la téléphonie. Il leur a aussi clairement manqué le témoin-clé. Celui qui amène l'info déterminante, qui met la police sur la bonne piste.
Qu'est-il devenu ?
  La question est: pourquoi ça s'est arrêté ? Pourquoi le tueur s'est-il brutalement arrêté après avoir tué et démembré post-mortem les 5 victimes ? En vérité, c'est qu'on l'ignore. Les spécialistes estiment que le tueur en série a pu déménager, qu'il a pu être incarcéré. Ou qu'il est mort... voire « guéri ». On peut tout imaginer. Puisqu'on ne sait pas qui c'est, ni où il est.
Il y a peu de temps, il y avait deux enquêteurs qui travaillent sur ce mystère. Au départ, la cellule CORPUS disposait de 12 enquêteurs. Rappelons que c'est l'affaire criminelle belge non résolue la plus importante de ces 50 dernières années. 
Y a t-il encore un espoir ?
  Vingt ans après les faits, certains continuent à croire qu'on pourra un jour résoudre le mystère.  Le substitut du procureur du Roi, de Mons, est de ceux-là. Il suit le dossier depuis le début. Il confirme que l'enquête n'est pas terminée et que des analyses sont encore menées aujourd'hui, avec l'aide des techniques scientifiques les plus modernes: 
« Nous avons un certain nombre de traces ADN qui ont été analysées avec les techniques de l'époque. Il faut bien reconnaître qu'en 1997, l'ADN était une notion un peu mystérieuse et on veut savoir s'il n'y a pas une possibilité de faire des analyses plus précises; vérifier s'il y a moyen de leur faire dire plus que ce qu'ils ont pu nous dire en 1997 ».
Les enquêteurs ont demandé à l'INCC (l'Institut national de criminalistique) de refaire des analyses sur les prélèvements de l'époque, à la lumière de la technologie d'aujourd'hui. On ignore quand ces analyses aboutiront. Les enquêteurs ont encore environ dix ans avant que les faits soient prescrits. 
À ce jour, L'identité du tueur – pour autant que les meurtres en question soient véritablement l'œuvre d'un seul et même individu – demeure à ce jour inconnue. Il est à noter que depuis le début de l'enquête en 1997 jusqu'en 2010, près de 1000 dénonciations ont été faites. 
(Cet article est composé à partir d'un article publié sur le site de la RTBF. Les noms ont été volontairement supprimés) 

Sur ce... à bientôt pour une prochaine autopsie. Bonne lecture !